SORTIES CD

Par Michel Roubinet

Orgue et Musique à Vouvant (suite)…

César Franck 1822-1890

Jean-Baptiste Courtois, orgue Yves Fossaert (2021) de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Vouvant (Vendée)

LIVRET FRANÇAIS
Durée : 1h 08′ 05″
Chanteloup Musique, Collection Orgue et Musique à Vouvant OMV 004, 2024

Grande Pièce symphonique FWV 29
Prière FWV 32
Choral n°3 FWV 40
Fantaisie en la majeur FWV 35

L’orgue Yves Fossaert de Vouvant

Évoqué l’été dernier à l’occasion d’un séduisant et insolite programme soliste et chambriste autour d’Éric Lebrun (1), c’est dans le répertoire romantique-symphonique que nous revient, très convaincant, l’orgue généreusement polyvalent de Vouvant. Rappelons que l’instrument voulu par Yves Rousseau est au cœur d’une saison musicale et pédagogique qui, comme chaque année depuis 2021, ne laisse d’impressionner : Fête des Plantes avec la classe d’orgue d’Éric Lebrun à Saint-Maur-des-Fossés (17 mai), Trompettes en fête avec des élèves des Écoles intercommunales de musique du pays de Fontenay-Vendée (12 juin), Fête de la Musique avec Olivier Houette (CRR et Clicquot de Poitiers) le 21 juin, puis la saison proprement dite de concerts : The Brothers – Jonathan et Tom Scot à l’orgue et au piano (9 juillet), Jan Liebermann (16 juillet), 4ème édition de l’Académie lyrique (19 juillet), Michel Bourcier (cathédrale de Nantes, 23 juillet), Véronique Le Guen (Saint-Séverin, Paris, 30 juillet), Nathan Laube (Eastman School of Music, University of Rochester, État de New York, 6 août), Louis Alix (Saint-Nicolas-des-Champs, Paris, orgue et clavecin, 13 août), Virgile Monin (organiste en résidence à Vouvant, 20 août), enfin Yves Rechsteiner (directeur artistique du Festival Toulouse les Orgues, 27 août).

Jean-Baptiste Courtois joue César Franck

C’est après avoir étudié l’orgue auprès de Jean Langlais, qui enregistra en 1963 à Sainte-Clotilde une intégrale des Douze Pièces de Franck (reprise en 1996 par GIA Publications, Chicago, réf. CD 272-1/2), mais aussi d’André Fleury que Jean-Baptiste Courtois – dont c’est, étonnamment, le premier disque soliste – fit ses études au CNSM de Paris. Il a par ailleurs été organiste à Paris, très jeune, du Cavaillé-Coll de Saint-Ignace, puis de l’orgue des Couperin à Saint-Gervais, jusqu’en 2016. Professeur d’écriture au CRR de Lille et à l’Université Paris-Sorbonne, directeur du Conservatoire d’Antony, il rejoignit en 1995 le CNSMDP, dont il est professeur honoraire, comme directeur du Département des disciplines instrumentales puis professeur de contrepoint.

Franck, Grande pièce symphonique, extrait (J.B. Courtois à l’orgue de Vouvant)

D’un souffle intense et d’un seul tenant, coulé tel un bronze unitaire et vigoureux d’une fluidité résultant notamment de la mouvante dynamique de l’instrumentation, son Franck puissamment articulé est d’une extrême vivacité, dramatisme et caractère très volontaire de l’interprétation tendant vers l’universel plus que vers l’intimiste ou le personnellement suggéré. On s’émerveille de ce que permet sous ses doigts cet orgue de seulement dix-huit jeux réels, palette optimisée d’impressionnante manière par « d’honnêtes stratagèmes » (nombreux emprunts et extensions), pour un total de quelque cinquante registres. Tout le reste, à commencer par le dosage et la répartition des forces qui ne peuvent être partout au même moment, relève de l’art de l’interprète et de la registration, ce dont rendent magnifiquement compte ces pages majeures de Franck, harmonieusement choisies et sonnant dans une « grande » acoustique. On goûtera particulièrement la variété et l’acuité des jeux de fonds, d’un bel étagement dynamique – souples crescendos auxquels répondent de non moins saisissantes et compactes phases decrescendo, ainsi dans la Fantaisie en la, qui referme dans l’apaisement ce récital Franck –, mais aussi la puissance enveloppante des jeux d’anches donnant à cet orgue à même le sol toute la présence d’un grand.

L’énergie, jusqu’à une certaine extravagance, est ici le maître mot, avec une sensation d’impulsive prise de risque dans l’esprit du concert – dès la Grande Pièce symphonique, d’un mouvement irrésistible et d’une expressivité résolue, mais aussi souple et chantante. Un Franck aux antipodes de l’image respectueusement lénifiante du Pater Seraphicus. Jeu et texte n’en sont pas moins d’une vive lisibilité, ainsi dans le Choral n°3, impérieux dans ses sections volubiles, d’un lyrisme sobre mais affirmé dans celles de contraste et le « mouvement » médian, avec ce qu’il faut d’agogique pour retenir ou nourrir le discours, d’une vraie continuité. L’interprète puise aussi dans la profondeur des timbres de quoi affirmer une présence qui respire (la perspective symphonique bénéficiant de l’efficacité de deux plans sonores expressifs, dont celui de Résonnance à double bascule, lequel s’ouvre vers la nef et vers l’arrière, alors presque comme un Fernwerk), jusque dans une Prière éloquente et des plus prenantes, souplement charpentée et dont le chant altier va inlassablement de l’avant.

(1) Couleurs de Vouvant – 28 août 2025
https://orgues-nouvelles.org/couleurs-de-vouvant/

César Franck à l’orgue Yves Fossaert de Vouvant – Jean-Baptiste Courtois – OMV 004
https://www.chanteloup-musique.org/boutique/nos-disques/collection-orgue-à-vouvant

Orgue Yves Fossaert de Vouvant
https://orgueetmusiqueavouvant.com/l-orgue-fossaert/la-composition-de-l-orgue/

Collection discographique Orgue et musique à Vouvant
https://www.chanteloup-musique.org/boutique/nos-disques/collection-orgue-à-vouvant

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