SORTIES CD

Par Michel Roubinet

L’Encyclopédie de l’Orgue d’Erato

LIVRET FRANÇAIS / ANGLAIS / ALLEMAND
Durée : 45h 46′ 19″
Coffret de 46 CD Warner Classics / Erato Disques 5026854108186, 2026

CD 1 : Jean-François Dandrieu, Pierre Dumage
CD 2 : Louis-Nicolas Clérambault, François Dagincour
Marie-Claire Alain, orgue François Castie – Daublaine-Callinet – Alfred Kern (1683-1844-1964), cathédrale Saint-Théodorit, Uzès – ø 1967

CD 3-4 : César Franck (les Douze Pièces)
André Marchal, orgue Daublaine-Callinet – Merklin – Gonzalez (1854-1876-1932), église Saint-Eustache, Paris – ø 1957

CD 5 : Louis Vierne, Charles Tournemire
Maurice Duruflé et Marie-Madeleine Duruflé-Chevalier, orgues Gonzalez (1956), cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais, Soissons ; Beuchet-Debierre (1956), église Saint-Étienne-du-Mont, Paris– ø 1960-1961

CD 6-10 : Dietrich Buxtehude (intégrale)
Marie-Claire Alain, orgues Joachim Richborn – Marcussen & Søn – Rudolf von Beckerath (1679-1906-1957), Sankt Nikolaus Kirke, Møgeltønder, Danemark ; Marcussen & Søn (1959), Mariakirke, Hälsingborg, Suède ; Frobenius (1960), Sct. Mariæ Kirke, Helsingør, Danemark – ø 1968-1969

CD 11 : Antonio Soler (les Six Concertos pour deux orgues)
Marie-Claire Alain et Luigi Ferdinando Tagliavini, orgues Prato – Facchetti (1475–1531, « In cornu Epistolae ») & Malamini (1596, « In cornu Evangelii »), basilica di San Petronio, Bologne (Italie) – ø 1963

CD 12-13 : Nicolas de Grigny (Messe & Hymnes)
Marie-Claire Alain, orgue Jean-François L’Épine [alors attribué à François-Henri Clicquot] – Haerpfer-Erman (1752–1964), cathédrale Saint-Sacerdos, Sarlat – ø 1965

CD 14 : Manuel Rodrigues Coelho (Flores de Musica, extraits)
Antoine Sibertin-Blanc, orgue Flentrop (1964), Sé-Catedral Metropolitana Patriarcal de Santa Maria Maior, Lisbonne (Portugal) – ø 1970

CD 15 : Charles-Marie Widor, Eugène Gigout
Marie-Claire Alain, orgue Cavaillé-Coll (1885), abbatiale Saint-Étienne, Caen – ø 1968

CD 16 : Franz Liszt
Xavier Darasse, orgue Cavaillé-Coll (1889), basilique Saint-Sernin, Toulouse – ø 1969

CD 17 : François Couperin (Messes)
Marie-Claire Alain, orgue François-Henri Clicquot – Robert Boisseau (1790-1954-1967-1969), cathédrale Saint-Pierre, Poitiers – ø 1970

CD 18 : Luis de Pablo, Xavier Darasse
Xavier Darasse, orgue Robert Boisseau (1962-1964/1969), église Notre-Dame, Royan – ø 1970

CD 19 : Georg Muffat (Apparatus musico-organisticus, extraits)
François Delor, orgue Jean-Baptiste Carlen – Xavier Silbermann (1838–v.1970), église Sainte-Madeleine, Morzine – ø 1970

CD 20 : Gaspard Corrette
Jean-Albert Villard, orgue François-Henri Clicquot – Robert Boisseau (1790-1954-1967-1969), cathédrale Saint-Pierre, Poitiers – ø 1970

CD 21 : Bernardo Pasquini (7 Sonate [1], pièces diverses [2])
Marie-Claire Alain et Luigi Ferdinando Tagliavini, orgues Prato – Facchetti (1475–1531, « In cornu Epistolae ») & Malamini (1596, « In cornu Evangelii »), basilica di San Petronio, Bologne [1], Formentelli (1965), chiesa di San Martino Buon Albergo, Vérone [2] (Italie) – ø 1964 / 1970

CD 22-23 : Johann Gottfried Walther (14 Concertos)
Marie-Claire Alain, orgue Haerpfer-Erman (1967), collégiale Saint-Quentin, Saint-Quentin – ø 1970

CD 24 : De Trabaci à Zipoli (Giovanni Maria Trabaci, Tarquinio Merula, Girolamo Frescobaldi, Michelangelo Rossi, Bernardo Pasquini, Domenico Scarlatti, Domenico Zipoli)
Luigi Ferdinando Tagliavini, orgue Serassi (1856), chiesa di Santa Maria Assunta, Pisogne, Brescia (Italie) – ø 1963

CD 25 : Peeter Cornet
Jean-Ferrard, orgue Pieter Backer – Christoffel Bätz – Flentrop (1671–1785–1966), Bonifaciuskerk, Medemblik (Pays-Bas) – ø 1971

CD 26-29 : Johann Pachelbel
Marie-Claire Alain, orgues Metzler (1968), Stadtkirche, Baden (Suisse) ; Schott – Bossart –Metzler (orgue de tribune, 1630-1744-1972) & Bossart – Metzler (chœur, côtés évangile et épître, 1743-1962), Klosterkirche Muri (Suisse) – ø 1971

CD 30 : L’orgue anglais (Thomas Tallis, Orlando Gibbons, John Bull, Matthew Locke, John Blow, Henry Purcell, John Stanley, Thomas Arne, William Boyce, Thomas Thorley, John Travers, John Bennett)
Susan Landale, orgue Thomas Thamar – C. Quarles–John Byfield – A. Hunter & Son–John Budgen/Bishop and Son (1674–1708–1740–1896–1970), Church of St. Michael, Framlingham (Suffolk, Angleterre) – ø 1972

CD 31 : Jacques Boyvin
Claude Terrasse, orgue Kern (1971), Saint-Jacques-du-Haut-Pas, Paris – ø 1972

CD 33 : Max Reger
Anton Heiller, orgue Marcussen (1968), Mariendom, Linz (Haute-Autriche) – ø 1972

CD 34 : Maurice Duruflé
Maurice Duruflé et Marie-Madeleine Duruflé-Chevalier, orgues Beuchet-Debierre (1956), église Saint-Étienne-du-Mont, Paris ; Gonzalez (1956), cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais, Soissons – ø 1961-1962

CD 35 : Guillaume-Gabriel Nivers
André Isoir, orgues Jean-Yves König (1967), église Saint-Georges, Sarre-Union – ø 1972

CD 37-38 : Jehan Alain (intégrale)
Marie-Claire Alain, orgue Jean-Baptiste Valtrin – François Callinet – Kurt Schwenkedel (1750-1848-1971), basilique Saint-Christophe, Belfort – ø 1972

CD 39 : Louis Vierne
Daniel Roth, orgue Aristide Cavaillé-Coll (1890), Saint-Ouen, Rouen – ø 1972

CD 40 : Jean-Adam Guilain
Marie-Claire Alain, orgue Jean-Baptiste Valtrin – François Callinet – Kurt Schwenkedel (1750-1848-1971), basilique Saint-Christophe, Belfort – ø 1972

CD 41 : Jan Pieterszoon Sweelinck
Xavier Darasse, orgue Pieter de Swart – Van Duyschot – Rudolph Garrels – Flentrop (1566–c.1680–1735–1965), Marekerk, Leiden (Pays-Bas) – ø 1973

CD 42 : Nicolaus Bruhns
Marie-Claire Alain, orgue Marcussen (1966), Domkirke, Viborg (Danemark) – ø 1973

CD 43-44 : Georg Böhm (intégrale)
Marie-Claire Alain, orgue Marcussen (1966), Domkirke, Viborg (Danemark) – ø 1973

CD 45 : Johannes Brahms (intégrale)
Lionel Rogg, orgue Aristide Cavaillé-Coll – Kurt Schwenkedel (1857-1968), cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, Luçon – ø 1973

CD 46 : Nicolaus Bruhns
Marie-Claire Alain, orgue Marcussen (1973), Grote Sint Laurenskerk, Rotterdam (Pays-Bas) – ø 1974

Elle a bercé et fait l’éducation musicale de quantité de mélomanes à une époque où tout ou presque, dans le monde de l’orgue, était encore à explorer : la mythique collection d’Erato L’Encyclopédie de l’Orgue, nom de code EDO, est enfin intégralement disponible chez Erato Warner en un coffret de 46 CD. Quelques titres sont par ailleurs accessibles en numérique, isolément, sur le site de Warner Classics (1). Époque bénie où les pionniers, en termes de répertoires que l’on découvrait au disque souvent ex nihilo, pouvaient laisser libre cours à leur insatiable curiosité, abordant les domaines les plus divers à travers de simples florilèges ou de vastes anthologies, voire d’intégrales sondant en profondeur toutes les facettes d’un compositeur. 

Marie-Claire Alain, épicentre et pivot de L’Encyclopédie de l’Orgue

« Chez Erato, j’ai toujours fait ce que j’ai voulu », se réjouissait Marie-Claire Alain (1926-2013), épicentre et pivot d’une collection faisant figure de conviviale affaire de famille, sa famille musicale se confondant en l’occurrence avec celle d’« Erato historique » : quelques passionnés unis par des liens d’amitié remontant aux années de conservatoire, portés par l’enthousiasme de la découverte et les possibilités d’élaboration d’un catalogue discographique sans précédent, stimulé par l’apparition du microsillon quelque dix ans plus tôt, qui décupla les possibles. Au côté de Michel Garcin(1923-1995), directeur artistique d’Erato, la collection fut pensée et portée par le frère de la grande Dame de l’orgue : Olivier Alain (1918-1994). Vivante incarnation de l’esprit authentiquement encyclopédique de la collection, compositeur et musicologue hors pair, il sera également, peu après l’aventure EDO, maître d’œuvre et premier directeur (1978-1985) du CNR de Paris, rue de Madrid (actuel CRR).

Michel Garcin, Olivier et Marie-Claire Alain – photo G. Lourcel

L’un des titres de gloire d’EDO étant l’appareil éditorial qui accompagnait les microsillons d’origine, il était essentiel de les restituer à l’identique : le site Warner Classics propose en accès libre un pdf reprenant l’ensemble des textes et documents de l’édition originale (2). Si la présentation des deux premiers titres est signée Rémy Stricker (assortie d’une note d’Olivier Alain précisant certains points encore méconnus des mélomanes à l’époque) et celle du Franck de Marchal (reprise de l’édition originale) Norbert Dufourcq, presque toutes les autres notices sont d’Olivier Alain. Jusqu’à offrir une très imposante « somme » pour Buxtehude, que Marie-Claire Alain prolonge de réflexions personnelles : Pourquoi l’intégrale Buxtehude après celle de Bach ? Pour Guilain et a fortiori Jehan Alain – l’une des missions de sa vie de musicienne –, Marie-Claire Alain prit elle-même la plume, habitude qu’elle gardera pour ses innombrables productions ultérieures, faisant ainsi profiter l’auditeur-lecteur d’un immense savoir musicologique nourri de l’étude des manuscrits et des traités anciens, et naturellement vivifié par l’expérience d’une interprétation sans cesse remise sur le métier. Il en résulte ici même, pour son frère Jehan, une analyse détaillée de chaque pièce où les générations suivantes n’ont cessé de puiser.

Origine et organisation de L’Encyclopédie de l’Orgue

Auréolée de son Prix de Genève (1950) puis du Prix J.S. Bach des Amis de l’Orgue (1951), Marie-Claire Alain entreprit pour Erato et les Discophiles Français une quasi pré-intégrale des « pièces libres » de Bach, enregistrant par ailleurs Grigny (Hymnes , première mondiale), Couperin (Paroisses), Clérambault, un premier Buxtehude, etc. – le tout à l’orgue de Saint-Merry à Paris, instrument non sans charme mais très imparfait et guère idiomatique pour la musique allemande. C’était alors, à la suite de Lebègue, Dandrieu ou Saint-Saëns, l’orgue de Dufourcq, auteur des notices des LP Erato et DF de MCA, lequel joua un rôle dans ses débuts au disque : il présidait le Club des Discophiles de Paris pour lequel elle enregistra en février 1954 son tout premier LP, série intégrée peu après à Erato. Reprises pour la première fois en CD, ces gravures figurent en première partie du coffret, indissociable car complémentaire, De Bach à Bach (53 CD) à paraître le 21 août chez Erato Warner pour le centenaire de la naissance de la musicienne, aux premiers Bach répondant sa troisième intégrale de 1985-1993, sur instruments historiques (3). Le cycle Bach des années 1950 ne fut pas mené plus avant en raison de la décision alors prise d’enregistrer l’intégrale sur des instruments sinon historiques, du moins inspirés de l’ancien et qui avaient émerveillé la musicienne. Exactement ce qu’elle cherchait depuis toujours. Ce fut la fameuse intégrale « scandinave », reprise en CD en 2018 (4) : déjà un autre monde. Commencée en 1959, la stéréophonie s’étant entre-temps imposée, elle s’acheva en 1967, EDO enchaînant précisément sur cette première somme.

Le Bach « scandinave » en boîte, l’heure était en effet venue d’approfondir l’ensemble du répertoire. Compte tenu de l’immensité de celui de l’orgue, EDO ne pouvait que demeurer une aventure aussi ambitieuse que par la force des choses inachevée, toutes les composantes du répertoire n’ayant pu être explorées comme Olivier Alain l’aurait probablement souhaité. Ce qui fut réalisé entre 1967 et 1974 n’en reste pas moins considérable et à tous égards remarquable. À noter que c’est l’intégrale Erato stricto sensu qui est ici proposée : il manque malheureusement, pour des raisons contractuelles, deux LP produits par d’autres labels (Edigsa à Barcelone et Alpha Brussels), à l’époque intégrés sous licence à L’Encyclopédie. Il s’agit des albums de Montserrat Torrent (École catalane, orgue Johann Kyburgz, 1810, de Maó, Minorque, EDO 214) et de Gabriël Verschraegen (Lambert Chaumont + maîtres wallons et flamands, orgue Van Petechem, 1778, de Haringe, EDO 215).

EDO s’organise par périodes et genres (L’âge polyphonique et décoratif Les PrécurseursL’Apogée ou encore La musique galante ou l’époque concertante ; L’âge romantique et symphonique Les grands Romantiques et Symphonistes et Impressionnistes ; L’époque contemporaine [les Modernes] et L’orgue contemporain proprement dit), mais aussi selon la géographie : L’orgue nordique (Allemagne du nord et pays scandinaves)L’orgue d’Europe centrale (Allemagne du Sud et Autriche)L’orgue des Flandres / L’orgue flamand (Belgique et Pays-Bas)L’orgue italienL’orgue ibériqueL’orgue anglais. Il va de soi que toutes les périodes ne sont pas représentées pour chacune des écoles évoquées. Des 60 LP d’origine, 58 sont donc aujourd’hui repris en 46 CD : les albums monographiques isolément sur un CD particulier, les grandes anthologies et intégrales étant condensées (dans l’ordre initial) en moins de CD qu’il n’y avait de LP, la durée de chaque CD ayant été optimisée – jusqu’à 84′ pour le Peeter Cornet de Jean Ferrard (CD 25) et même 86′ pour Couperin (CD 17), première version (1970) des deux Messes signées MCA – suivront Albi en 1989, puis de nouveau Poitiers en 1996/1998.

Quelques LP d’origine…

Œuvres, interprètes et instruments

Si EDO fut initiée en 1967, les enregistrements couvrent toutefois la période 1957-1974. Pour ce qui est des intervenants, l’ensemble s’articule en trois cercles concentriques :

• En amont, les maîtres de Marie-Claire Alain. André Marchal (1894-1980) joue Franck à Saint-Eustache (1957, CD 3-4), Maurice Duruflé (1902-1986), dont on commémore le 40ème anniversaire de la disparition, et son épouse Marie-Madeleine Duruflé-Chevalier (1921-1999) Vierne, Tournemire et Duruflé lui-même (dont la Suite op. 5 hélas ! sans la Toccata) à Saint-Étienne-du-Mont et à Soissons (1960-1962, CD 5 et 34), gravures précédemment publiées en LP puis intégrées à EDO. De même, les gravures de MCA et Luigi Ferdinando Tagliavini (1929-2017) aux orgues de San Petronio de Bologne (1963-1964, CD 11 et 21) sont antérieures à EDO.

• Au centre, MCA et ses pairs. Anton Heiller (1923-1979) et Luigi Ferdinando Tagliavini (elle les retrouve dès 1956 à l’Académie de Haarlem, Pays-Bas), Jean-Albert Villard (1920-2000, titulaire du Clicquot de Poitiers), Claude Terrasse (1925-2008, titulaire de Saint-Jacques-du-Haut-Pas à Paris, dont Alfred Kern venait de reconstruire l’orgue), Antoine Sibertin-Blanc (1930-2012, disciple de Duruflé, installé à Lisbonne), Xavier Darasse (1934-1992), André Isoir (1935-2016), Lionel Rogg (né en 1936, élève tant de Pierre Segond, condisciple de Jehan Alain, que de Marchal).

• En aval, les Meisterschüler de MCA, le disque témoignant du rôle singulier de la musicienne en tant que pédagogue : Susan Landale (née en 1935), François Delor (1941-2025, longtemps organiste de la cathédrale de Genève), Daniel Roth (né en 1942), Jean Ferrard (né en 1944).

En termes de répertoire, le fait dominant reste la présence de plusieurs intégrales signées Marie-Claire Alain, qui furent alors et sont toujours autant de marqueurs positifs de la discographie : Grigny (Sarlat, première de ses trois intégrales ; suivront La Chaise-Dieu en 1980 et Poitiers en 1996/1998), Buxtehude, Couperin, Pachelbel (en fait une vaste anthologie en forme de choix équilibré puisant dans un immense catalogue), Jehan Alain, Guilain, Böhm. Sur les versants tant français que germanique, dès son Buxtehude particulièrement remarquable (à la même époque, René Saorgin grave lui aussi une intégrale, à Alkmaar, Zwolle, Altenbruch et Arlesheim, Harmonia Mundi, 1967-1970), l’interprétation MCA fit date, à une extrême vivacité répondant une approche naturellement des plus « historiquement informées » sans jamais se départir de son indispensable intuition. Si le contenu des 46 CD parle de lui-même, signalons la polyvalence de certains intervenants, Anton Heiller passant avec aisance et style de Reger (CD 33) aux claviéristes (pré) baroques germaniques (CD 36), Xavier Darasse de Liszt (CD 16) à Sweelinck (CD 41) et à la musique contemporaine (CD 18) : la première audition française de Modulos V de Luis de Pablo avait clôturé, dans le cadre du Festival international d’art contemporain de Royan, son récital du 24 mars 1970 à l’orgue Boisseau encore inachevé de l’église Notre-Dame, précédée de son propre Organum I en création mondiale, écrit pour le Boisseau et l’acoustique de cet audacieux vaisseau contemporain – les deux œuvres, ici proposées, furent enregistrées cette même année.

Côté instruments, EDO offre d’un patrimoine international en constante évolution un témoignage capté à un moment précis de l’histoire du disque, nombre d’entre eux ayant été depuis restaurés ou relevés, voire reconstruit pour Saint-Eustache. Le cas de figure des intégrales Bach de Walter Kraft (1905-1977, VOX/FSM, 1967) et Werner Jacob (1938-2006, EMI, 1970-1985), à la même époque et s’agissant d’orgues de renom à juste titre réputés historiques, « modernisés » au fil du temps et non encore restitués comme ils l’ont été depuis, explique par ricochet, faute d’instruments historiques alors optimalement restitués ou accessibles, le recours fréquent de la part de Marie-Claire Alain (sauf sur le versant français) à des orgues neufs, fiables et esthétiquement cohérents, inspirés de l’ancien. MCA qui donc ouvre (1967) et referme (1974) EDO : son Tunder aux claviers du « Géant rouge » érigé par Marcussen (1973) en la Laurenskerk de Rotterdam fut gravé la même semaine que son premier Art de la Fugue soliste de Bach, publié à part. EDO avait vécu.

Au jeu (injuste !) des comparaisons, les CD faisant ici entendre, par exemple, les orgues célèbres de San Petronio de Bologne (CD 11 & 21) ou le Freund de Klosterneuburg (CD 36) révèlent un état particulier, relevant d’un autre temps, de ces illustres spécimens. Le tout récent CD Echi d’organo de Montserrat Torrent et Matteo Bonfiglioli à Bologne (Da Vinci Classics) en restitue aujourd’hui une image sonore ô combien différente. De même, par rapport à l’univers sonore (très relative justesse des mixtures !) du programme Froberger, Kerll, Hofhaimer et Erbach de Heiller (CD 36) et qui fit découvrir ce répertoire, l’album Froberger d’un Roland Götz (FSM/Studio XVII, 1991) à l’orgue de Klosterneuburg alors tout juste relevé et comme métamorphosé.

EDO, rééditions et remasterisation

Il va de soi qu’un tel vivier n’est pas resté inexploité depuis l’apparition du CD il y a quarante ans. Dès 1987, Erato Japon reprenait en CD la partie musique ancienne de L’Encyclopédie (Allemagne du Nord et du Sud, France, Italie-Flandres-Angleterre), en quatre coffrets très sommaires sur le plan éditorial… non distribués en Europe. Au fil du temps parurent en CD l’intégrale Jehan Alain de MCA à Belfort (EDO 250-252, CD 37-38), 1990 ; le Liszt de Xavier Darasse (EDO 221, CD 16), 1993 ; le Franck de Marchal (EDO 203-205, CD 3-4), 1994 ; Vierne, Tournemire et Duruflé (empruntant à EDO 206, CD 5, et 245, CD 34) par les Duruflé, 2003 ; le Reger d’Anton Heiller (EDO 244, CD 33) dans le coffret Warner pour le centenaire de la mort du compositeur, 2016.

Certaines gravures (pas nécessairement la totalité des LP d’origine) vinrent aussi enrichir le coffret Marie-Claire Alain –L’Orgue français (22 CD, Erato, 2014), dont son premier Grigny intégral (Sarlat, 1965, EDO 217-218, CD 12-13) ou la Cinquième de Widor – version d’anthologie (Caen, 1968, EDO 220, CD 15). Dans le présent coffret – avec reprise pour chaque étui de la charte graphique originale, aisément identifiable avec son cercle évoquant une porcelaine de tirant de registre et en haut à gauche le numéro de chaque volume dans l’ordre de parution (la couleur du fond ayant parfois changé au gré des retirages), charte modifiée à partir du Vol. 55, CD 41 (Sweelinck) – les gravures sont ici reprises telles que remasterisées dans les éditions ci-dessus évoquées. Pour le reste de la musique des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment les intégrales allemandes signées MCA, c’est la remasterisation de 1987 qui est ici reprise, et c’est bien dommage car les outils actuels permettent des résultats beaucoup plus satisfaisants et nuancés, moins « brut de présence ». On s’en convaincra aisément à l’écoute des titres spécialement remasterisés pour cette édition 2026 : Luis de Pablo et Xavier Darasse à Royan (CD 18), Brahms par Rogg à Luçon (CD 45), Vierne par Roth à Saint-Ouen de Rouen (CD 39), CPE Bach par Delor à Zurzach (où l’on relève une œuvre délicieuse et rare à l’orgue, en réalité pour « clavecin à quatre jeux » : la Sonate en  mineur Wq 69, en fait son final à variations, CD 32), De Trabaci à Zipoli par Tagliavini à Pisogne/Brescia (CD 24), Rodrigues Coelho par Sibertin-Blanc à Lisbonne (CD 14), mais aussi une plage du Franck de Marchal : le master original de la version stéréo de Prélude, fugue et variation op. 18 présentant un problème de saturation que l’on n’a pu corriger, la version mono du même enregistrement est également proposée.

Il n’en demeure pas moins qu’Erato nous offre bel et bien pour la première fois dans un même coffret l’intégrale EDO – les deux albums manquants peuvent être écoutés sur YouTube (5) –événement discographique majeur et hautement musical !

(1) Albums accessibles en numérique sur le site de Warner Classics
https://www.warnerclassics.com/fr/releases?search_api_fulltext=orgue

(2) Appareil éditorial EDO – pdf reprenant l’ensemble des textes et documents de l’édition originale
https://www.warnerclassics.com/sites/default/files/2026-02/L%27encyclopedie%20de%20l%27orgue_0.pdf

(3De Bach à Bach – coffret pour le Centenaire de la naissance de Marie-Claire Alain
https://www.warnerclassics.com/fr/release/bach-bach-organist-century-53-cd

(4) Intégrale Bach dite « scandinave » de Marie-Claire Alain (1959-1967)
https://www.warnerclassics.com/fr/release/bach-complete-organ-works-1

Comme pour EDO, on peut télécharger librement :

• le livre intitulé L’œuvre d’orgue de Jean Sébastien Bach
https://www.warnerclassics.com/sites/default/files/2025-12/MCA-INTÉGRALE%20BACH%20SCANDINAVE-LIVRE%20ERATO%20COSTALLAT.pdf

• le Guide de l’intégrale
https://www.warnerclassics.com/sites/default/files/2025-12/MCA-GUIDE%20DE%20L%27INTÉGRALE%20BACH%20SCANDINAVE.pdf

(5) Les deux albums EDO manquants :
Montserrat Torrent : https://www.youtube.com/watch?v=pkWa8TXqlxQ
Gabriël Verschraegen : https://www.youtube.com/watch?v=vV86gjGoR9k

L’Encyclopédie de l’Orgue d’Erato – coffret de 46 CD Warner Classics / Erato Disques
https://www.warnerclassics.com/fr/release/lencyclopedie-de-lorgue-complete-edition-46cd

Discographie actuellement disponible – CD et numérique – de Marie-Claire Alain chez Erato Warner Classics
https://www.warnerclassics.com/fr/artist/marie-claire-alain/releases

Acqua Fresca

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Vincent Dubois

Vincent Dubois - Eternal Notre-Dame

Couleurs de Vouvant

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