Échos

Thomas Ospital nous parle des concours

Un nouveau témoignage sur les concours : celui de Thomas Ospital, l’extraordinaire et dynamique professeur du CNSMDP, titulaire des grandes orgues de Saint-Eustache à Paris.

O.N. : Vous êtes régulièrement appelé à siéger dans des jurys de concours internationaux. Voyez-vous une évolution dans le profil des candidats au fil des années ? une évolution en terme de niveau (technique, musical, …)

T.O. : Il m’est encore difficile de porter un regard d’ensemble sur l’évolution du niveau des organistes en concours, n’ayant intégré les jurys que récemment. Toutefois, j’observe que les écarts de niveau entre les candidats tendent à se creuser. Certains font preuve d’une grande aisance technique et sont capables d’aborder un large répertoire avec assurance.

En revanche, je constate parfois un manque de culture organistique au sens instrumental du terme. Les choix de registrations ne sont pas toujours adaptés à l’orgue sur lequel ils jouent, et il arrive que les particularités de l’instrument soient ignorées au profit de solutions standardisées. De plus, certains candidats semblent en difficulté lorsqu’il s’agit de s’adapter à un instrument au caractère marqué.

Cela dit, il convient de rappeler que ces musiciens sont au début de leur carrière, et que cette phase d’apprentissage est aussi celle de la découverte et de la construction d’une identité artistique.

O.N. : Pensez-vous que les critères d’évaluation retenus – et qui dépendent souvent du président du jury – soient un garde-fou qui permette d’éviter toute dérive ? Avez-vous eu l’occasion d’identifier des biais susceptibles de fausser l’évaluation des prestations et, au final, l’issue des résultats ?

T.O. : J’ai récemment pris conscience des grandes disparités qui peuvent exister entre les attentes des différents membres d’un jury. Il semble que nous n’écoutions pas tous les mêmes choses : chacun vient avec ses propres critères, ses exigences personnelles, parfois très subjectives, qui peuvent influencer de manière significative le vote final.

J’en ai moi-même fait l’expérience, et cela a été pour moi une source de réel questionnement, voire de désarroi. Cette diversité d’approches peut enrichir les débats, certes, mais elle rend aussi l’évaluation plus fragile face aux biais individuels, surtout en l’absence de critères communs clairement définis et partagés.

O.N. : Le « Prix du public » a-t-il pour vous un sens ? et si oui, lequel ?

T.O. : Oui, bien sûr, le Prix du public a tout son sens. Ces musiciens seront, dans leur carrière, bien plus souvent confrontés au regard et à l’écoute du public qu’à celui de leurs pairs. Il n’est donc pas étonnant – ni problématique – que les résultats du public diffèrent de ceux du jury. Les attentes ne sont tout simplement pas les mêmes : là où le jury évalue selon des critères techniques, stylistiques ou artistiques précis, le public réagit avant tout à l’émotion, à la présence scénique, à l’impact immédiat d’une prestation. Ces deux regards ne sont pas antinomiques mais complémentaires.

Retrouvez le témoignage complet de Thomas Ospital dans ON 73 (printemps 2026).